Tourmline de couleur vert d'eau non taillée, une pierre brute exposée sur un fond en bois.

A la poursuite des pierres de couleur

Le marché des gemmes de couleur est aussi passionnant que varié et compliqué. Chaque gemme est unique, donc rare. De nouvelles mines sont constamment découvertes tandis que d’autres se tarissent. En revanche, les intervenants dans le métier restent souvent les mêmes et se transmettent leur savoir-faire de génération en génération. C’est le cas, par exemple, à Idar-Oberstein, une petite ville en Allemagne, où se situe le centre de taille des pierres brutes en Europe. Mais dans le monde des pierres de couleur, le savoir-faire n’est pas seulement technique : il repose beaucoup sur l’expérience. Il faut savoir VOIR.

Je vous propose un voyage, celui qu’une belle gemme, que vous pourriez admirer chez un joaillier parisien, aurait pu effectuer.

La naissance des pierres

Il y a d’abord un concours de circonstances incroyables : La présence de différents éléments chimiques, bien sûr, mais aussi une certaine pression, une certaine température et un germe cristallin !  Une gemme naît alors dans les profondeurs de la terre.

Les gisements et les mines

Ces trésors enfouis n’ont pas encore tous été découverts, loin de là. Dans les années 2000 ont été mis à jour par exemple des gisements d’opale en Ethiopie. Toujours en Ethiopie, un nouveau dépôt fournit depuis 2016 des émeraudes, parmi les plus belles jamais trouvées. Ces dernières années de nombreux nouveaux gisements dans d’autres pays d’Afrique nous offrent aussi des tourmalines ou des grenats aux couleurs exceptionnelles.

En dehors des grandes compagnies minières, il existe de nombreuses petites mines, qui sont le plus souvent exploitées par leurs propriétaires : une famille et des gens qui vivent alentour. Il ne faut cependant pas imaginer que  le moindre gisement apporte la fortune. Seule une petite partie des pierres extraites présente la qualité « gemmes », utilisée en joaillerie.

Les difficultés sur le terrain

La vie d’un mineur est très dure, mais il n’a souvent pas le choix dans des pays où la situation économique et sociale est désastreuse. A la condition de vie difficile, de nombreux autres problèmes se rajoutent. A Myanmar, en Birmanie, par exemple, lors de la saison des pluies, les mines de rubis, saphirs et spinelles doivent rester fermées plusieurs mois par an parce qu’elles sont immergées. Autre problème : les conflits entre les propriétaires des concessions et les mineurs illégaux qui sont parfois très violent et vont d’incendies de maisons jusqu’aux meurtres. Les méchants peuvent se trouver des deux côtés. Il semblerait par exemple que Bridges Campbell, gemmologue (découverte du grenat tsavorite) et propriétaire de concession au Kenya ait été sauvagement assassiné par des mineurs illégaux qui convoitaient sa concession. De l’autre côté, le grand groupe minier Gemfields, basé à Londres, auquel des ONG reprochaient d’être les commanditaires d’exactions graves commises par la police et une compagnie de sécurité privée, pour mettre un terme aux activités des mineurs illégaux, ont accepté en janvier 2019 de payer 6.7 millions d’euros contre l’abandon d’une plainte. Heureusement, il s’agit de cas extrêmes et cela ne se passe pas toujours ainsi.

Le commerce

Les propriétaires des mines ont les droits sur leur production. Ce sont eux qui décident à qui ils vendent et à quel prix. En tout cas depuis qu’Internet existe, ils sont très au fait des prix pratiqués partout dans le monde. Parfois, ils retiennent des pierres longtemps, jusqu’au jour, où ils rencontrent le bon client. Mais le prix n’est pas tout. Pour les deux partis, vendeur et acheteur, la qualité de la relation est très importante. Les deux pensent à long terme et la confiance est primordiale. Ainsi, il est indispensable pour un acheteur de pierres brutes ou déjà taillées, d’être souvent sur place, d’entretenir de bonnes relations humaines et de connaître l’histoire des gens.

La présence physique dans les pays producteur est important aussi pour « sentir » le marché. Il faut savoir quels genres de gemmes ont été récemment découverts, quelle mine ne produit plus ou peu, quelles sont les nouvelles réglementations…

En plus du contact direct avec les producteurs, les acheteurs font appel à des intermédiaires, qui effectuent une présélection et proposent des lots de pierres en fonction des besoins spécifiques de leurs clients.

La taille

La pierre brute peut avoir des formes variées et enfermer des inclusions qui vont influer sur sa couleur, sa pureté et encore d’autres caractéristiques. Ainsi, il est très difficile de prédire quelle gemme sortira de la pierre brute, une fois taillée. Même pour un professionnel expérimenté, ayant un œil aguerri, acheter un brut représente un risque.

Pour que la pierre parvienne dans nos ateliers Parisiens, le voyage continue. Il peut se passer de différentes manières. Soit les acheteurs de bruts vont commercialiser les pierres taillées sur les grands salons spécialisés à Hongkong, Tucson, Bâle, Munich et autres. Soit ils vont proposer leurs marchandises en direct à leurs clients en leur rendant visite. Certains producteurs vont faire tailler eux mêmes leur production et vendre les pierres à des négociants.

Les prix

Comment on fixe-t-on les prix ? Il n’y a pas de barème. Même si l’on peut énoncer des critères de qualité, la beauté reste une évaluation subjective. La rareté et l’intensité de la demande font monter les prix, évidemment, comme dans toute économie de marché.

Mais la magie des pierres naturelles reste toujours là. Elle est intemporelle et éternelle. Nous tous, mineurs, lapidaires, négociants, joailliers sommes subjugués, quand nous rencontrons une très belle pierre, même après des dizaines d’années dans le métier.

Pas vous ?